Nouveau site eglise.catholique.fr

Nouveau visage et nouveau nom pour le site de l'Eglise catholique en France

Le site cef change de visage et de nom. A découvrir en avant-première sur www.eglise.catholique.fr. Sa vocation : apporter une information de référence sur l'Eglise catholique en France, témoigner de sa vitalité à travers les initiatives locales, faciliter la navigation entre les sites de l'Eglise catholique.



Actualités

A la une
 
Ecrivez-nous
les sites en .cef.fr
Ajoutez CEF à
   vos favoris
Ouvrez votre navigateur sur cef.fr
Plan du site
Mentions légales
Eglise Catholique
UADF © 1996-2006
 

Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Dossiers spéciaux

Dossiers spéciaux



 
Une vocation missionnaire L’appel dans l’Appel
L’instrument de Dieu, les fondations L’expérience de l’obscurité intérieure
Témoignage d’un volontaire Le programme de la béatification
Un Français témoigne :
" J'ai été volontaire au mouroir de Mère Teresa à Calcutta"

La mondialisation des valeurs ?
Volontaire au mouroir de Mère Teresa, à Calcutta
Calcutta :14 millions d’habitants, 400.000 sans-abris. L’an dernier, ne disposant que de trois mois pour réaliser une mission humanitaire, je me suis orienté vers une œuvre où l’action est synonyme de court terme : le mouroir fondé par Mère Teresa, à Calcutta. Le concept du mouroir est simple : permettre à ceux qui meurent dans la rue, de passer leurs derniers instants dans la dignité, et si c’est encore possible, de les guérir. En un demi siècle, 76.000 patients ont été accueillis et 40.000 en sont ressortis en bonne santé. Les patients souffrent des maux les plus divers: malaria, tuberculose, sida, fièvre typhoïde, méningite, polio, cancer, occlusion intestinale, gangrène, brûlures et blessures… le tout aggravé par la malnutrition. Les volontaires -une quarantaine venus de tous les continents- se forment sur le tas, aux côtés des religieuses et des religieux qui y travaillent en permanence. Chaque jour, il faut : laver les patients, les habiller, les nourrir, leurs faire prendre leurs traitements, nettoyer et panser les plaies, faire de la rééducation avec ceux qui pourront ressortir, faire la lessive et la vaisselle à la main. De cette expérience, j’ai conservé des images fortes dont je me souviendrai encore longtemps.

Je me souviens
Je me souviens du premier malade que j’ai nourri : je croyais qu’il avait 60 ans; mais en fait, il avait mon âge. Je me souviens de tous ces hommes de 30 à 40 kg, vêtus de pyjamas bleus et blancs, que j’ai dû porter dans mes bras. Je me souviens que ceux dont la mort était imminente étaient placés en tête de rangée dans la salle commune, afin de faciliter l’évacuation de leur cadavre. Je me souviens des premières paroles de cet homme qui été resté inconscient plusieurs jours : Give me five roupies… Grâce à Dieu, il avait conservé toute sa tête. Je me souviens que les patients n’avaient plus rien à eux : pas même une photo, pas même un mouchoir. Je me souviens de ce sourd-muet analphabète qui est mort sans même que nous ayons pu connaître son nom. Je me souviens de la violence de l’odeur de la chair putréfiée. Je me souviens de cet homme qui était arrivé avec le pied enroulé dans du papier journal : à l’intérieur, je crûs d’abord qu’il y avait du riz sur sa plaie ; mais il s’agissait de vers. Je me souviens de l’absence de solidarité des patients entre eux. Je me souviens de ce simulateur : il se faisait passer pour paralysé, jusqu’à ce que ses camarades le dénoncent : ils se levait la nuit pour aller aux toilettes. Je me souviens du médecin qui venait bénévolement une fois par semaine pour diagnostiquer les patients : il était brahmane, et jamais il ne voulut toucher un seul d’entres eux. Je me souviens de Andy, cet ancien golden boys, bénévole au mouroir depuis 13 ans. Par deux fois, il y avait contracté des variantes de la malaria et la tuberculose. De sa précédente vie, il avait conservé ce stress permanent : comme si chaque action pouvait être une question de vie ou de mort. Mais cette fois-ci : c’était pour de vrai. Je me souviens de la patience et de l’abnégation des missionnaires de Mère Teresa. Je me souviens que la charité réclame une grande force intérieure, quand en l’absence de morphine, nettoyer une plaie menacée par la gangrène, tourne à la scène de torture. Je me souviens de cet homme qui s’est laissé mourir de faim à la mort de sa fille. Je me souviens de cet enfant au dernier stade de la tuberculose : il crachait le sang ; mais jamais il ne pleura. Je me souviens de l’immense solitude qui entoure la souffrance et la mort. Je n’ai pas oublié, et j’espère que je souviendrai encore de la sérénité de ceux que j’ai vu mourir, quand mon tour sera venu.
Sur le fond, j’ai ressenti cette expérience humaine de trois manières successives.

La vanité
La première, avant d’arriver -je le reconnais- était une certaine fierté : à la manière d’un Kouchner débarquant en Somalie, un sac de riz sur l’épaule, sous les flashs des photographes. Comme si la misère des autres pouvait-être le théâtre de nos exploits, de notre sublime générosité... La charité se laisse ici corrompre par la vanité : le désir de paraître l’emporte sur l’élan du cœur, et la comédie sociale sur la vie authentiquement vécue. Heureusement, la brutalité du réel dissipe vite ces mensonges.

Le découragement
La seconde, une fois sur place, a été la tentation du découragement. Cinquante ans après la création du mouroir, rien n’a changé à Calcutta. Les hôpitaux publics restent fermés aux plus pauvres. On trouve encore des hommes à l’agonie dans les tas d’ordures ; et les riverains chassent toujours à coups de bâton ceux qui viennent mourir sur leur trottoir. Et pourtant, l’Inde n’est pas la Somalie : elle est la dixième puissance économique mondiale, elle a des centrales nucléaires, elle envoie des satellites dans l’espace. Durant mon séjour, dans un train, je rencontre un Indien qui a fait ses études en Angleterre et qui travaille aux États-Unis. Il est scandalisé par les abattages massifs de troupeaux de bovins en France. En ce qui concerne ses concitoyens qui meurent sur le trottoir, il me dit : Où est le problème ?! La vache aussi meurt dans la rue ! Quid, de la dignité supérieure de l’homme par rapport à l’animal ? De l’humanisme ? De la solidarité ? Ces valeurs que je croyais universelles, et dont je m’aperçois avec effarement qu’elles ne sont pas partagées. Pour autant, cet homme n’est pas un salaud. Comme la plupart des hindous -y compris les intouchables- il ne pense pas que l’humanité soit une : ni Eve, ni Lucy. Il croit que chaque caste a été créée d’une façon différente. Il croit que ceux qui subissent le sort le plus misérable, ne font qu’expier les impiétés d’une vie antérieure. Et que le but ultime de la vie est de parvenir à se détacher de toute passion -y compris l’amour- afin de parvenir à stopper le cycle des réincarnations, et se dissoudre totalement dans l’infini. Partant de là, notre action auprès des plus pauvres ne pouvait être comprise. À quoi bon avoir fait des milliers de kilomètres pour passer ses journées dans les vomissures, le sang, la sueur… et la mort, de personnes complètement résignées à leur sort, et qui ne vous ont rien demandé ? La tentation est alors de rentrer chez soi, en se disant : Si un jour, ils ont envie que ça change : ils pourront toujours nous appeler. Mais c’est quand on en attend plus rien, qu’on peut rentrer dans la vérité des choses.

La grâce
Dans un troisième temps, ni héros de la misère des autres, ni témoin compréhensif jusqu’à l’abstention, j’ai cherché jour après jour à me pénétrer de l’esprit que Mère Teresa avait voulu donner à son oeuvre. Elle aimait rappeler ces paroles du Christ : Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir (Ac 20,35) et : Ce que vous ferez au plus petit d’entre-vous, c’est à moi-même que vous le ferez (Mt 25,40). Se déprendre de ce vieux réflexe primal qui consiste à toujours chercher à accumuler plus, afin de se rassurer, et ce, alors même que nos besoins vitaux sont depuis longtemps comblés. Pouvoir rencontrer Dieu ici et maintenant dans sa figure la plus humaine : sous les traits du déshérité. Avoir l’occasion de Lui rendre ce qu’Il nous donne, et ainsi entrer dans ce mouvement giratoire de l’amour, qui est peut-être le cœur du christianisme et le principe même de la vie. En Inde, toute expérience spirituelle est favorisée par l’atmosphère mystique qui y règne partout. D’après les hindous, la composition du monde inclut un cinquième élément : l’esprit, aussi présent à leur perception du monde que peuvent l’être la terre et le feu. Dans un mouroir, ce sens mystique n’est pas de trop pour aller au-delà de l’évidence immédiate : l’homme souffre, crève et pourri, comme n’importe lequel des animaux. En présence des corps décharnés et couverts de plaies des patients de Calcutta, j’ai souvent eu le sentiment d’être en présence de celui du Crucifié. Par sa Passion, le Fils du Dieu de tous les hommes les rejoignait au fond de l’abîme, dans leurs souffrances mêmes. Après leur dernier souffle de vie, je crois qu’Il les attendait déjà depuis le vendredi de la Croix et dans l’espérance du dimanche de la Résurrection : Il venait proposer le Salut à ceux qui comme eux, n’ont pas eu la chance de le rencontrer de leur vivant.

En résumé, au départ, on s’imagine qu’on va sauver les autres, alors qu’en fin de compte, c’est toujours l’autre qui vous sauve.

J’ai ainsi passé trois mois en Inde, au milieu d’hommes avec lesquels je n’avais finalement en commun que le seul fait d’être embarqué dans la même aventure qu’est la vie. Trois mois au cours desquels j’ai essayé de découvrir jusqu’où il est possible de percevoir le monde, et de ressentir l’existence d’une manière différente de la nôtre. Trois mois au cours desquels, plus je fréquentais les Indiens, et moins j’avais le sentiment de les comprendre, d’en saisir la profondeur et la richesse. Mais ceci, on pourrait le dire à propos de tout être humain.

Thibaud Chalmin
Étudiant à l’ESSEC

 
 
 





Rubriques principales du nouveau site eglise.catholique.fr :